- Laura Gu
Économiste senior
Canada : les gains d’emplois s’estompent devant la menace tarifaire
Faits saillants
- L’embauche a stagné au Canada dans un contexte d’incertitude tarifaire. En effet, seulement 1 000 emplois ont été créés en février 2025 alors qu’on en prévoyait 20 000. La diminution du taux d’activité a maintenu le taux de chômage à 6,6 % en février, en baisse par rapport à son sommet de 6,9 % atteint en novembre 2024. Le nombre total d’heures travaillées a chuté de 1,3 % par rapport à janvier, principalement en raison d’une importante tempête de neige au mois de février. Les heures travaillées ont tout de même augmenté de 0,5 % sur 12 mois. La croissance annuelle du salaire horaire moyen a légèrement augmenté pour s’établir à 3,8 % sur 12 mois, contre 3,5 % le mois dernier, mais autrement, il s’agit du rythme le plus lent depuis mai 2022. Le tableau 1 résume les principales données.
- Notre prévision de croissance du PIB réel canadien pour le T1 2025 est à 2,0 % à la suite de la publication des données de février sur l’emploi, ce qui est conforme aux attentes exprimées dans le plus récent Rapport sur la politique monétaire de la Banque du Canada (BdC).
Implications
Le marché canadien de l’emploi s’est affaibli en février après trois mois consécutifs de gains solides, en raison des menaces de tarifs douaniers américains sur les exportations canadiennes. L’emploi au Canada est demeuré pratiquement stable en février 2025, les gains dans le commerce de gros et de détail (+51 000) et la finance, l’assurance et les services immobiliers et de location (+16 000) étant contrebalancés par une baisse dans les services professionnels, scientifiques et techniques (-33 000) et le transport et l’entreposage (-23 000). La plupart des provinces ont connu de légères baisses, compensées par un gain modéré en Ontario (+17 000).
L’emploi chez les jeunes (15 à 24 ans) a reculé de 8 500, mais une baisse importante de la participation au marché du travail a entraîné une diminution du taux de chômage, qui est passé de 13,6 % en janvier à 12,9 % en février. Dans le groupe d’âge actif (25 à 54 ans), l’emploi a augmenté de 30 500. Toutefois, la hausse du taux d’activité, alors que plus de gens cherchaient du travail, a causé une légère progression du taux de chômage, qui est passé de 5,6 % à 5,7 % (graphique 1). Globalement, le taux de chômage est demeuré stable à 6,6 % pour l’ensemble du marché du travail, bien en deçà du sommet de 6,9 % atteint en novembre 2024.
La croissance de la population en âge de travailler a continué de ralentir, les plus jeunes subissant le ralentissement le plus marqué en raison d’une baisse soutenue de l’admission de résidents non permanents Lien externe au site.. Le nombre de nouveaux immigrants (arrivés depuis moins de cinq ans) diminue depuis décembre de l’année dernière (graphique 2). Malgré ce ralentissement, la population continue de croître à un taux annualisé de 1,7 % par rapport à janvier, ce qui dépasse de beaucoup le rythme nécessaire pour atteindre l’objectif ambitieux Lien externe au site. du gouvernement fédéral.
Les heures travaillées au Canada ont diminué de 1,3 % en février, ce qui constitue la plus forte baisse mensuelle depuis avril 2022. Ce déclin a touché tous les secteurs, principalement en raison d’une tempête de neige qui a causé des pertes d’heures de travail pour 429 000 employés, soit plus de quatre fois le nombre habituel de février des années précédentes. Quoi qu’il en soit, notre estimation de la croissance du PIB pour le premier trimestre demeure à 2,0 % à rythme annualisé, ce qui est conforme aux prévisions de janvier de la BdC.
La croissance annuelle des salaires moyens a légèrement augmenté en février, faisant suite à une tendance à la baisse constante qui a fait passer la croissance des salaires sur 12 mois de 5,0 % en octobre 2024 à 3,5 % en janvier (graphique 3). Toutefois, comme elle continue de dépasser largement l’inflation, les Canadiens et les Canadiennes ont profité de la progression continue des salaires réels au cours du deuxième mois de 2025.
Le gel du marché du travail en février ne reflète pas encore pleinement les risques baissiers accrus que posent les tarifs douaniers de Trump, qui pourraient freiner la croissance au cours des prochains trimestres et entraîner des pertes d’emplois généralisées. (Voir notre récente analyse Lien externe au site. des implications pour le Canada.) Bien que la politique monétaire ne soit pas le meilleur outil pour gérer les répercussions d’une guerre commerciale, elle peut aider à atténuer ses effets négatifs sur la croissance économique. Par conséquent, comme le taux de chômage demeure au-dessus de sa tendance et que la croissance des salaires est toujours bien en deçà de son sommet, la BdC devrait poursuivre ses baisses de taux directeurs mercredi prochain, mais agir prudemment en raison des préoccupations relatives aux risques de stagflation liés aux tarifs douaniers.
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