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Marc Desormeaux
Économiste principal
Canada : la croissance de l’emploi demeure à la traîne de celle de la population au début de 2024
Faits saillants
- L’emploi total net au Canada a augmenté vigoureusement de 37 000 postes en janvier 2024. Le taux de chômage a reculé à 5,7 %, sa première baisse en plus d’un an. Le tableau 1 présente les principales données.
- Notre scénario pour le premier trimestre de 2024 n’a guère changé. Nous nous attendons toujours à ce que la croissance annualisée du produit intérieur brut (PIB) réel dépasse les prévisions de la Banque du Canada.
Implications
L’année 2024 s’annonce sous le signe des revanches : les 49ers contre les Chiefs au Super Bowl, Joe Biden contre Donald Trump aux élections présidentielles américaines et, selon les données d’aujourd’hui, l’accroissement soutenu de la population et des salaires contre la cible d’inflation de 2 % de la Banque du Canada.
Le marché du travail canadien a connu des résultats mitigés malgré la hausse des chiffres globaux sur l’emploi et du nombre d’heures travaillées. L’emploi à temps plein a notamment chuté en janvier, et ce, pour un deuxième mois consécutif. Les embauches du secteur privé ont aussi été moins nombreuses que celles du secteur public, poursuivant ainsi la tendance observée pendant une bonne partie de la dernière année.
Fait plus important encore, comme nous l’avons souvent souligné, le nombre d’embauches peut s’avérer trompeur, étant donné la forte croissance de la population. Même après un gain de près de 40 000 postes en janvier, la création d’emplois demeure très inférieure au rythme nécessaire pour stabiliser le taux d’emploi (graphique 1). Le marché du travail poursuit donc son relâchement malgré l’augmentation du nombre net de nouveaux postes.
Nous avions observé des signes de ralentissement de la croissance de la population, mais cette croissance semble avoir repris en janvier. Cette situation laisse présager que le ralentissement du marché du travail ne se traduit pas encore par une baisse de la demande de main-d’œuvre temporaire (principal moteur de la récente croissance de la population Lien externe au site.), une tendance qui devrait se poursuivre en 2024 selon nos dernières prévisions Lien externe au site.. Nous devrons toutefois patienter quelques mois avant de confirmer le tout. La limite imposée récemment au nombre d’étudiants internationaux n’aura d’effets sur les données démographiques que plus tard durant l’année, et ces répercussions seront modestes.
Ces gains démographiques soutenus continuent d’avoir des conséquences. Ils accentuent le risque d’inflation à court terme et pourraient aussi nuire à l’accessibilité au logement dans un contexte où l’offre est largement insuffisante. Selon nos dernières prévisions, il n’y aura pas de retour aux niveaux d’accessibilité observés avant la pandémie dans les deux prochaines années. Lien externe au site. Toutefois, étant donné l’amélioration considérable du marché du travail au cours des dernières années, on pourrait faire valoir l’argument selon lequel ces gains pourraient aider à combler les pénuries de main-d’œuvre, à augmenter l’offre de travailleurs disponibles et à réduire une possible inflation par le biais d’une augmentation des salaires.
En janvier, les hausses toujours vigoureuses des salaires sur 12 mois (graphique 2) nuisent aux efforts visant à maîtriser l’inflation. La Banque du Canada suit de près les salaires des employés permanents pour mesurer les signes de transmission de leurs augmentations à l’inflation. La progression d’une année sur l’autre s’est avérée plus modeste en janvier qu’en décembre, mais elle met encore en évidence le risque de rigidité dans la croissance des salaires que la Banque du Canada a souligné dans sa récente annonce de taux et que celle-ci continuera de surveiller de près.
Pour l’instant, nous nous en tenons à notre prévision : la Banque du Canada commencera à réduire son taux directeur au deuxième trimestre de 2024. Nous pensons que la banque centrale accordera plus d’importance au ralentissement de l’activité économique, à l’apaisement des pressions sur la croissance des prix et à la diminution des postes vacants. Nous sommes toujours d’avis qu’il faudra une politique monétaire moins restrictive, puisque les consommateurs et les entreprises du pays ressentent de plus en plus durement les effets des hausses antérieures des coûts d’emprunt. En ce début d’année, il est toutefois indéniable que la forte croissance de la population et des salaires accentue les risques de hausse de l’inflation.
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